Archive pour mai, 2008

resistance armee 31

La résistance armée 31

par le Colonel Colomb.

Dans la région de NÉRONDES même, les embuscades auraient pu sans doute être poussées avec un peu plus de vigueur, durant ces derniers jours de la retraite allemande, si l’ennemi n’avait systématiquement entrepris de brûler les fermes et de massacrer des civils tout autour de cette localité chaque fois, qu’il était attaqué par le « maquis ». Ces actes de sauvagerie furent, dans le Cher-Nord, et bien que nous ayons pris à partie les colonnes allemandes sur presque toute l’étendue du territoire, à peu près exclusivement limités (je ne sais pourquoi) à cette région de NÉRONDES. En moins de deux semaines, plus de trente fermes ou maisons d’habitation furent ainsi incendiées, et une douzaine de civils massacrés.

Naturellement la population fut bientôt littéralement terrorisée. Comme les groupes de résistance qui conduisaient la guerilla étaient recrutés localement, ces représailles inhumaines les incitèrent à suspendre ou du moins à espacer leurs embuscades. Quelques-uns parlèrent même de cesser la lutte, à la vue des malheurs qu’elle attirait sur la tête de leurs compatriotes. Je dus intervenir avec énergie pour leur faire comprendre que l’intérêt supérieur du pays exigeait que les forces armées de la Résistance devaient continuer à se battre, quels que fussent par ailleurs les dommages subis par la population civile. Mais, comme il est naturel, la conduite du combat dans cette région s’en trouva néanmoins quelque peu ralentie.

Parallèlement aux embuscades proprement dites, le secteur du Cher-Est, dans les derniers jours d’août, poursuivit sur une grande échelle les destructions et sabotages de voies de communication. La voie ferrée de BOURGES à SAINCAIZE continuait à constituer, dans cet ordre d’idées, l’objectif principal. Vers le 30 août, notamment, en vue d’empêcher le passage d’un train de prisonniers politiques, que les Allemands évacuaient de BOURGES, pendant deux jours de suite la voie sauta toutes les 6 heures. (Malheureusement le train, fortement escorté, réussit tout de même à passer). Dans le bois de BOURAIN, un pont métallique fut détruit, et les Allemands l’ayant reconstruit avec des traverses, fut de nouveau saboté et incendié le lendemain.

Après le chemin de fer, l’objectif le plus important était représenté à cette date par les ponts de route sur la Loire et le canal latéral, par où les Allemands faisaient passer leurs colonnes en retraite. Pendant une semaine, « ALEX », avec une équipe spéciale, s’occupa à les mettre tour à tour hors de service. Des abattis d’arbres furent opérés sur la route menant à la CHARITÉ, et 3 ponts sur le canal, dont celui de la grand’route à la CHAPELLE MONTLINARD furent détruits vers le 23 août, obligeant les Allemands à se détourner par de petites routes secondaires pour joindre le grand pont sur la Loire en face de la CHARITÉ. Au GUÉTIN (route de BOURGES à NEVERS) et dans les environs, trois autres ponts étaient dynamités quelques jours plus tard, toujours sur le canal, mais les Allemands réussirent à réparer assez rapidement celui de la grand’route. Puis « ALEX » passa dans le CHER-SUD pour s’attaquer au pont de MORNAY, sur l’Allier…

Ainsi la marche des convois allemands durant les derniers jours de leur retraite fut-elle entravée par tous les moyens en notre pouvoir.

resistance armee 30

La résistance armée 30

par le Colonel Colomb.

· CHER-EST : Ce secteur, sous les ordres du Capitaine « DURET » avait encore grossi ses effectifs durant la seconde quinzaine d’août, ceux-ci dépassant largement 300 hommes vers cette époque. Et tandis que les convois allemands en retraite se succédaient presque sans interruption en direction de la Loire, les embuscades et les destructions se multipliaient, provoquant malheureusement les plus sauvages représailles de la part de l’ennemi contre la population civile. Pour opérer dans son secteur, le Capitaine « DURET » avait déjà reçu (comme indiqué plus haut) un détachement d’une douzaine de parachutistes S.A.S. britanniques, le 18 août. Un second détachement d’une importance sensiblement égale devait lui arriver par la voie des airs le 24 août.

Les embuscades du CHER-EST avaient lieu pour la plupart, durant cette période, sur les deux grand’routes menant de BOURGES à la CHARITÉ et à NEVERS. Le 21 août, 4 Allemands sont tués près de SANCERGUES. Le 25 août, une embuscade tendue par un groupe du CHER-EST en coopération avec les Britanniques, entre la GUERCHE et le GUÉTIN, permet de détruire un camion dont tous les occupants sont mis hors de combat (un Anglais tué). Les 26 et 27 août, sur chacune des deux grand’routes, plusieurs engagements ont lieu et une vingtaine d’Allemands au moins sont tués. Durant les journées suivantes il y eut encore une embuscade.

Du côté d’AVORD, enfin, vers le 1 » Septembre, le Lieutenant VIGNON s’attaquait avec 5 F.M. et deux Piats à une colonne de camions, dont un grand nombre d’occupants étaient mis hors de combat.

resistance armee 29

La résistance armée 29

par le Colonel Colomb.

Le 31 août, la section « Masson » exécuta un coup de main contre le dépôt d’essence « Toneline » à ASNIÈRES. Les fûts contenant plusieurs milliers de litres sont percés, 4 Allemands sont blessés, Le 1er et le 2 Septembre, les attaques reprennent contre les convois descendant vers BOURGES par la nationale 140, une voiture d’Etat-Major est détruite et ses quatre occupants sont tués. Mais c’est à l’est de BOURGES, sur les routes menant vers la CHARITÉ et NEVERS, que les engagements les plus durs devaient avoir lieu. Deux sections opéraient dans cette région, celle du Sous-Lieutenant BOURLIER et celle du Sous-Lieutenant MUFFRAGI. Le 26 août, sur la route BOURGES-NEVERS, cette dernière attaque un convoi de miliciens, dont une demi-douzaine sont tués et de nombreux autres blessés, le 28, la même section détruit un camion allemand au passage à niveau de FRANLIEU, tuant 5 et blessant 2 de ses occupants. Le 29 août, elle attaque encore un convoi, puis le 2 Septembre elle prend sous le feu de ses F.M. un groupe de 4 camions allemands sur la route de la CHARITÉ, infligeant des pertes certaines à l’ennemi.

Pendant ce temps, la section BOURLIER, cantonnée près de TURLY, sur la route de BOURGES à SANCERRE, où il ne passait presque jamais de convois allemands, consacrait tout son temps à des destructions répétées sur la voie ferrée BOURGES-NEVERS; le 25 août, coupure à MEHUN-sur-YÈVRE, en 3 endroits. Le 28 août, sabotage de l’aiguillage de St GERMAIN DU PUY. Le 1er Septembre, pose de mines antichars sur la voie à l’est de cette dernière localité.

Le même jour, le Sous-Lieutenant BOURLIER, seul avec un autre soldat, réussit par un coup de main extrêmement hardi à capturer près de BRÉCY une voiture d’Etat-Major avec ses trois occupants, et à la ramener directement au P.C. du Commandant F.F.I. du Cher-Nord. Parmi les papiers saisis sur un des Officiers se trouvait un ordre de marche de la XVIe Division, qui traversait précisément le département ce jour-là, avec indication des itinéraires de repli pour toutes les unités, des dates et des points de passage et de stationnement, etc.. jusque dans la région de Beaune, où cette division devait se rendre.. Cet ordre fut aussitôt remis, dans la soirée à l’Etat-Major américain siégeant à Orléans, qui put ainsi, durant les journées suivantes, faire harceler efficacement par l’aviation et les blindés la XVIe Division en retraite, de l’autre côté de la Loire, jusqu’aux abords de DIJON.

Malheureusement, quelques heures plus tard, l’auteur de cette très brillante capture, le Sous-Lieutenant BOURLIER, tombait aux mains des Allemands et était fusillé par eux la veille de leur départ de BOURGES. Quant à la section qu’il commandait, elle était attaquée à son tour par un fort détachement allemand, et pour éviter d’être cernée, obligée à se disperser en direction de SOULANGIS, heureusement sans pertes appréciables.

resistance armee 28

La résistance armée 28

par le Colonel Colomb.

· MENETOU : Les derniers parachutages avaient permis de porter aux environs du 20 août l’effectif du maquis de MENETOU à 300 hommes, à peu près répartis en 4 sections placées aux abords de chacune des principales voies d’accès à BOURGES (L’Epinière, Fussy, Turly et Brécy), plus une réserve à Parassy. Entre cette date et les premiers jours de Septembre, l’activité déployée par ces sections fut particulièrement remarquable, car les objectifs ne manquaient pas :

Le 24 août, la section du Sous-Lieutenant de la CHAISE détruit un camion (route de Mehun à BOURGES) et met hors de combat une vingtaine d’Allemands, puis capture deux voitures légères et fait 4 prisonniers. Le lendemain, c’est le tour de deux camions, dont tous les occupants sont mis hors de combat. Le 26 août, la même section fait sauter encore un camion sur une mine, et en attaque trois autres au F.M. infligeant des pertes en tués et blessés à l’ennemi. Celui-ci se venge en incendiant deux fermes près de MONTILEY et en fusillant deux civils.

Le 27 août, un camion est attaqué au bazooka et détruit. Le 29 août, un char léger subit le même sort. Puis durant les journées des 30 et 31 août, des détachements cyclistes sont pris à partie, et une dizaine d’entre eux tués. Des mines anti-chars sont posées sur la route de MEHUN à BOURGES, et font sauter des véhicules dans un convoi. Le 1er Septembre enfin, les attaques au F.M. contre les camions reprennent : 10 tués ce jour-là, et encore une douzaine le lendemain dans l’attaque par surprise d’un poste de garde allemand à la bifurcation des routes BOURGES-VIERZON-ORLÉANS. Mais déjà c’est la fin de la retraite allemande sur BOURGES et la section de LA CHAISE ne va plus avoir désormais de convois à attaquer sur cet itinéraire où elle avait ainsi en moins d’une quinzaine de jours infligé de sérieuses pertes à l’ennemi.

Pendant ce temps, au centre, la section du Sous-Lieutenant « MASECH » cantonnés dans la région de Fussy, prend à partir les colonnes allemandes sur la route nationale 140. Le 26 août, 8 camions sont mitraillés, presque à bout portant, par quatre fusils-mitrailleurs le lendemain, l’opération est recommencée dans les mêmes conditions contre une voiture légère.

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résistance armée 27

Résistance armée 27

par le Colonel Colomb.

 

 

Au 6 septembre, le Sancerrois comptait ainsi une soixantaine de prisonniers de toutes armes.

Les derniers passages de troupes provenant de la « poche » au Sud d’ORLÉANS eurent lieu dans les journées du 1er et du 2 septembre.


Après cette date, les routes par où il était passé tant de convois ennemis, d’ARGENT, d’AUBIGNY et de la CHAPELLE d’ANGILLON en direction de SANCERRE et de la CHARITÉ, se trouvèrent enfin définitivement libérées, et il nous fut possible de concentrer dès lors notre attention exclusivement sur le dernier axe de repli allemand VIERZON-BOURGES-NEVERS, plus au sud.

· VIERZON : A cette date le Capitaine « STAG » disposait de 350 hommes armés environ. D’autre part, les effectifs allemands stationnés dans la ville se maintenaient aux environs de 500, et les passages de troupes se chiffraient pas plusieurs milliers chaque jour.

Le 22 Août sur la route de TOURS à VIERZON, 3 camions chargés de troupes sont mitraillés, deux autres ainsi qu’une voiture légère sont mis hors d’usage pur les « crève-pneus », des pertes sérieuses étant infligées aux passagers. Le même jour enfin, sur la route de VIERZON à BOURGES, un sixième camion est détruit (3 tués et plusieurs blessés).

Le 23 août, combat important, toujours sur la route de TOURS à VIERZON, une trentaine d’Allemands sont mis hors de combat; malheureusement, en revenant de l’embuscade, une des voitures de « STAG » est mitraillée par l’aviation de chasse américaine et perd 2 tués. Et pendant les huit jours suivants, il se produit encore quotidiennement un ou plusieurs accrochages avec des colonnes allemandes sur la route nationale de part et d’autre de VIERZON. Ce n’est que le 1er Septembre que la retraite ennemie par cet itinéraire paraît approcher de sa fin. Le personnel de gare, la D.C.A., la Compagnie de Sécurité, la Feldgendarmerie et la Kommandantur ont quitté VIERZON. Les derniers convois signalés (très importants d’ailleurs) passent soit au Sud de la ville (venant de CHATEAUROUX), soit au Nord se dirigeant de SALBRIS sur BOURGES par NEUVY-sur-BARANGEON, ceux-ci venant naturellement de la fameuse « poche » allemande au Sud d’ORLÉANS, dont les effectifs (comme déjà signalé) avaient commencé à se mettre en mouvement le 28 au soir à travers le territoire du Cher-Nord.

résistance armée 26

Résistance armée 26

par le Colonel Colomb.

Deux jours plus tard, le 28 Août, à la tombée de la nuit, la première des colonnes allemandes venant de la « poche » au sud d’ORLÉANS, qui suivait la route d’ARGENT à SANCERRE, se heurta à l’entrée de VAILLY à un petit détachement de nos hommes qu’accompagnait le Capitaine BARON, Chef F.F.I. cantonal. Celui-ci fut abattu sans pouvoir se défendre.

Durant les trois journées suivantes, les convois allemands défilèrent à peu près sans interruption nuit et jour en direction du sud-est, principalement par l’itinéraire AUBIGNY ou ARGENT – VAILLY – SANCERRE, comme indiqué plus haut, mais parfois aussi par quelques petites routes latérales. De SANCERRE, ils gagnaient le pont sur la Loire à la CHARITÉ en passant par SANCERGUES. Malgré la présence d’assez nombreux blindés, quelques embuscades furent tentées par les troupes de village, notamment à JARS le 29 août, à BELLECHAUME dans la nuit du 29 au 30 août, et encore le lendemain dans la soirée (avec le concours de 2 jeeps du 4e Bataillon de parachutistes français ayant passé la Loire à BRIARE), à MENETOU-RATEL le 31 août à la tombée de la nuit, etc.. Quelques pertes furent infligées à l’ennemi sans qu’on ait pu les déterminer avec exactitude. D’autre part, un nombre croissant de prisonniers se laissait ramasser dans le Sancerrois sans chercher beaucoup à se défendre.

Le 31 août, le Sous-Lieutenant MILLET capture à SURY-ès-BOIS un détachement allemand de 30 cyclistes au complet, qui s’étaient visiblement égarés par suite du badigeonnage des plaques indicatrices. Le même jour, 5 autres sont pris près de SANCERRE, des traînards ramassés dans les bois et ailleurs.

résistance armée 25

 Résistance armée 26

par le Colonel Colomb. 

 

Pendant que nous menions ces opérations, un détachement de 4 « Jeeps » avait passé la Loire à BRIARE, et était venu rejoindre les parachutistes S.A.S. en forêt d’IVOY le 29 août. Ces « Jeeps », placées sous le commandement du Major LÉPINE (bien que servies par des équipages français) étaient destinées à monter elles aussi des embuscades sur les principaux itinéraires empruntés par l’ennemi.
Malheureusement les hésitations perpétuelles de leur Chef empêchèrent qu’elles ne fussent employées utilement durant les journées suivantes en coopération avec nos groupes de maquis, et les dégâts qu’elles purent infliger aux Allemands furent à peu près nuls. D’ailleurs, elles arrivaient beaucoup trop tard pour pouvoir faire une besogne fructueuse.

·        Dans le Sancerrois, les dernières journées d’août furent marquées par deux tragiques incidents : tout d’abord, le 26 août, à St-SATUR, où une assez forte équipe du groupe de village local assurait la garde du pont sur la Loire – notamment avec un plat – en vue d’en interdire dans la mesure du possible le passage aux colonnes ennemies venant de l’Ouest, un camion rempli d’Allemands, arrivant par la route d’HERRY qu’on avait négligé de surveiller, vint surprendre le P.C. des F.F.I., sur le bord du canal. Tous les occupants du P.C. au nombre de 7, dont les Capitaines THEVÉNY et PERROUX, furent sauvagement massacrés. Les Allemands se retirèrent aussitôt après sans que nos hommes placés en d’autres points de l’agglomération aient eu le temps de les prendre à partie.

 

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